lundi, 30 mars 2009

La voie des AGHORI

 

images.jpeg

La Légende affirme que Shiva interposa sa chevelure pour adoucir les flots du Gange céleste, dont l'impétusosité cosmique menaçait de tout dévaster. Dans la tradition du Yoga des Sons, le flux du Gange Céleste est une métaphore de l'univers vibratoire dans lequel nous vivons, le sommet de la tête étant considéré comme un point énergétique articulant la dimension cosmique avec les résonateurs corporels humains. Shiva est considéré comme Mahayogi, celui qui a accompli toutes les étapes du Yoga jusqu'à transcender toute forme de répulsion en partageant la vie des ascètes Aghori, parmi les serpents et les cadavres, exporant la liberté radicale propre à la conscience libérée de toute dualité. Lors de la pratique du Nada-Yoga, le méditant est invité à se visualiser comme Shiva lui-même, recevant le flux céleste avec la pleine conscience que son propre corps - transmué en antenne - "accorde" ce flux afin de le rendre accessible aux fréquences de la conscience et de la sensibilité humaines.

 

 

images-2.jpeg

Offrande de lumière sur le Gange

 

images-3.jpegParmi tous les renonçants qui traversent l'Inde de pélerinage en pélerinage, il en est quelques uns qui suivent une ascèse redoutable, liée au face à face permanent avec la mort. Contrairement aux autres, vêtus de couleurs vives, les Aghori s'habillent de noir, lorsqu'ils ne sont pas nus, la peau recouverte de cendres. Le cycle de cette ascèse dure 12 ans (période liée au cycle de Jupiter dans le ciel), pendant lesquels le disciple va vivre en état de méditation permanente dans les lieux de crémation. Ces lieux, où les cadavres sont rituellement brûlés selon la tradition hindouiste, sont considérés comme des repaires de fantômes et d'esprits démoniaques. Sur les bords du Gange, éclairé par les feux des crémations, le disciple plonge chaque nuit dans le flux de son intériorité pour transmuer ses peurs et ses répulsions en énergies de vie, avec comme seul véhicule psychique la répétition permanente du Mantra qui lui donna son maître, et le rythme du tambour Damaru qui symbolise la foudre du dieu Shiva

images-4.jpeg

images-5.jpegRépondant avec audace à la dimension tragique de la vie, les Aghoris sont des tantrikas, qui considèrent simplement que si la vie est une illusion, elle mérite d'autant plus d'être expérimentée avec intensité et tendresse. Si leur sadhana (discipline spirituelle) les oblige à faire face aux aspects les plus répugnants de la vie-mort, c'est afin d'ouvrir leur coeur à l'entièreté de la création, glorifiée sous toutes ses formes comme la création permanente de Kali, l'épouse terrifiante de Shiva. Elle se présente sous les apparences les plus redoutables, représentant à la fois tous les aspects de la création, du plus beau au plus terrible.

Au dessus à gauche, le Kali Yantra, figure géométrique stylisant la matrice universelle, figurant le premier mouvement vibratoire générant la création.

Le film présente en six épisodes les étapes de cette initiation. La scène de la transmission du mantra entre le disciple et le maître tantrique est particulièrement émouvante, ainsi que sa rencontre avec sa famille, qui a du mal a accepter son choix. Des images pudiques sur un sujet rarement filmé, avec une sensibilité remarquable, les acteurs se prêtant à l'interprétation de leur propre vie avec une authenticité parfois poignante.