lundi, 20 juillet 2009

Rencontre avec Maria Joao PIRES

- MARIA Interprétant Chopin avec PAVEL GOMSIAKOF au violoncelle -

 

ENTRETIEN DANS L'INCENDIE...

maria_joao_pires.jpgBelgaïs, 20 juillet 2005. Dans un quasi désert de terre rouge parsemé de buissons, plusieurs immenses mâts de bambous sont dressés, portant de larges voiles blanches, légères comme l'écume. Comme si un navire étaitenterré là, ne laissant voir que sa voilure. Ou comme si le désert lui-même avait décidé de mettre les voiles. Cinquante personnes - cirque, danse, musique, costumes, scénographie, calligraphie - font bruire et mouvoir le tout, dès la tombée du jour, autrement dit quand le soleil n'est plus meurtrier. Lorsqu'il n'y avait pas de vent, les voiles tombaient tristement, mais on entendait bien le piano. Lorsque les voiles se gonflaient, la musique étaient happée par les courants d'air. Le vent était nerveux, âpre, rapide, insistant, mais il nous laissait parfois la paix. Alors le paysage devenait absolument immobile. Dans la journée, le soleil imposait alors son implacable lumière, pendant des heures; même les grillons se taisaient. Puis il y eut le Nuage... Tout le monde en parlait depuis plusieurs jours mais là, on en était à souffler sur les tartines du matin pour ne pas avaler de la cendre: un monstrueux nuage de poussières - provoqué par les multiples incendies qui ravageaient le Portugal depuis des semaines - traversait lentement le pays vers le sud, terriblement lent, terriblement majestueux. Il est passé à quelques centaines de mètres de la maison: un véritable monstre tourbillonnant de poussière, vertigineux par sa hauteur démesurée et les profondeurs de sa noirceur. Maria - qui avait déjà vécu cela les années précédentes - était paniquée, et voulait nous faire tous quitter les lieux. Nous avions prévu une répétition. Pour comble, ce soir là c'était la pleine lune, et celle-ci apparut rouge sang, à cause du voile de poussière qui avait commencé à assombrir la nuit. (Cela parait impensable, mais j'ai cinquante témoins ). Nous regardions les fines particules de poussière voletant sur le piano blanc, et c'est dans ce décor d'apocalypse que j'ai

Microcosmicorbit.gifdemandé à Maria si elle avait une technique particulière de concentration, lors d'un concert, avant le premier morceau. Elle m'a fait non de la tête en riant: - Je ne crois pas à la concentration mentale, c'est un faux problême. Ce que je fais simplement, au moment où je suis devant le clavier, c'est laisser passer "quelque chose" - son geste indiquait un flux, une énergie s'élevant depuis son ventre à son dos, irradiant vers le crâne, et redescendant vers le ventre par devant, depuis le haut de la tête. - Cela se fait tout seul, comme ça, en un instant. Lorsque je lui demandais si elle avait entendu parler de la Grande Révolution Céleste des initiés taoïstes, elle me répondit qu'elle l'ignorait, mais je vis son oeil s’allumer à la mention des cieux. Je lui parlais alors de cette pratique de visualisation du souffle qui suit exactement ce parcours, en prenant le ventre comme point d'origine comme d'arrivée: le Tanden des chinois, le Hara des japonais. Selon les maîtres taloïstes, tout le secret réside effectivement en ce mouvement intérieur qui permet la bascule de l'énergie vers l'arrière du corps, par un simple déclic de l'attention ouverte. Selon la tradition cette pratique permet de s’accorder avec la révolution des étoiles, avec pour vertu de purifier le corps physique en intensifiant certaines dynamiques énergétiques. Les taoïstes affirme qu’elle peut conduire à l'immortalité, selon une lecture alchimique - et musicale - des lieux du corps. La petite enfant de trois ans le découvrit d'elle-même, lorsqu'elle explorait comment souffle et geste agissaient sur le son, en frappant le clavier du piano. Une simple bascule intérieure, dans le creux du ventre...

Autres vidéos de Maria : une interview concernant son dernier disque, et une inoubliable interprétation de Mozart, sous la direction de P.BOULEZ.

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